Soupe de l’armistice

 

En cette année du centenaire de l’Armistice,

j’ai eu envie de rendre hommage aux gueules cassées avec une soupe de… pois cassés !

Ceux que les brancardiers ramassaient en dernier sur le champ de bataille.

Car à quoi bon tenter de sauver ces hommes aux visages fracassés dont l’humanité s’en serait allé ?

D’autant qu’on ne les entendait pas. Essayez d’appeler au secours depuis l’enfer, sans langue ni mâchoire avec pour solde de tout compte, une béance putride qui ne cesse de saigner ?

En mémoire de ces quinze mille soldats, devenus les témoins gênant de l’atrocité de cette guerre,

j’ai tenté de restituer en un bol de soupe, leur ordinaire au front :

Des pois, légumineuse providentielle qui incarne un peu notre identité nationale, depuis leur recommandation par Charlemagne dans le capitulaire De Villis, jusqu’à Louis XIV qui les préféra en petits pois frais.

L’odeur entêtante de poudre à canon, de terre brûlée qui s’invite dans une chantilly au thé fumé.

Et pour finir, on croyait que c’était la Der des Der ? Mais elle contenait les germes de la Seconde à venir.

Alors quelques pousses de poireau à la saveur piquante qui présage de la patrie sous barbelés.

Mangeons, mangeons, qu’un peu de verdure abreuve nos sillons !

 

Aujourd’hui, les « Gueules cassées » de 14 /18 ont toutes disparues mais d’autres parlent d’elles pour une noble guerre :

La lutte antigaspi.

Ce collectif français @gueulescassees porté par @NicoChabanne tente de remédier aux 40% de gâchis alimentaire pour délit de sale gueule : une saucisse mal calibrée, un marron glacé brisé, une carotte effrontée qui aurait oublié de pousser droit. Ces produits identifiables chez les commerçants avec leur sticker affichant une pomme rouge au sourire édenté, donnent lieu à une réduction de 30 % de leur prix.

Une mobilisation générale où tout le monde gagne : producteurs, distributeurs, consommateurs et associations.

Sans trêve, ni vaincus.

Quand la dictature de la beauté n’est plus tenable et que les moches ont de l’avenir…

J’y vais la fleur au fusil !

 

LA RECETTE

SOUPE DE POIS CASSÉS CHANTILLY AU THÉ FUMÉ

 

Pour 4 personnes

Préparation : 15 minutes

Cuisson : 1 heure

 

400 g de pois cassés

1 cube de bouillon de poule ou de légumes

20 cl de crème fleurette

10 g de thé fumé

Quelques graines germées

Fleur de sel, poivre

 

Pour la première étape :

Préparez la chantilly.

Portez à ébullition la crème fleurette. Ajouter le thé fumé. Laissez infuser à couvert jusqu’à complet refroidissement.

Versez dans une passoire et pressez le thé à l’aide d’une cuillère pour filtrer la crème et obtenir le maximum d’arômes. Placez dans un bol 15 minutes au congélateur.

Salez, poivrez. Fouettez en chantilly. Réservez au frais.

 

Pour la deuxième étape :

Rincez les pois cassés. Versez-les dans une casserole. Ajoutez le bouillon cube. Couvrez généreusement d’eau. Portez à ébullition. Cuire à petits frémissements pendant 20 minutes. Prélevez 4 cuillerées à soupe de pois cassés. Réservez-les dans un bol au chaud. Poursuivez la cuisson pendant 40 minutes environ, à couvert. Les pois cassés doivent être complètement délités. Vérifiez l’assaisonnement. Éventuellement salez. Poivrez.

 

Pour la troisième étape :

Répartissez la soupe dans les bols. Ajoutez les pois cassés réservés, la chantilly au thé fumé. Parsemez de graines germées.

Savourez aussitôt.

 

 Focus :

Depuis le Moyen-Âge, les pois issus de la plante pisum sativum, ont été un aliment de base. Une fois les cosses parvenues à maturité, ils étaient écossés, puis séchés avant d’ôter leur enveloppe cellulosique. À cette étape, les deux cotylédons qui composent la graine, se séparent naturellement, ce qui leur vaut la dénomination de pois cassés. C’était une légumineuse providentielle, mais qui n’a pas résisté à la tocade de Louis XIV, lorsque son jardinier La Quintinie lui proposa de les consommer avant maturité. L’histoire des petits pois frais était lancée, dépréciant les pois cassés dont la culture fut destinée essentiellement à l’alimentation animale. Mais depuis quelques temps, on assiste à son retour en grâce. Haute valeur nutritionnelle et bon marché, le pois a tout bon !

 

Ficelles de cuisine :

Il est préférable de les faire tremper une heure dans un bol d’eau froide et de les rincer.

Leur couleur allant du vert au jaune dépend de leur variété.

 

Powerfood :

Comme toutes les légumineuses, les pois cassés sont source de nombreux nutriments, notamment glucides lents, protéines et sels minéraux. Mais ils ont aussi un inconvénient : leur richesse en fibres peut s’avérer indigeste pour certains. Il faut donc les consommer en petites quantités et ne pas les associer au cours du repas avec d’autres glucides : pain, dessert…

 

Le switch :

A défaut de graines germées, ajoutez des herbes ciselées : ciboulette, persil, coriandre…

Vous n’avez pas de thé fumé ? Infusez un morceau de lard fumé ou plus rapide, saupoudrez d’un peu de paprika fumé.

 

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